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Go Back       IAR Journal of Humanities and Social Science | IAR J Huma Soc Sci; 2021; 2(4): | Volume:2 Issue:4 ( Aug. 31, 2021 ) : 75-83.
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DOI : 10.47310/iarjhss.2021.v02i04.013       Download PDF       HTML       XML

La Decentralisation Et La Pratique De La Gouvernance Locale En Cote D’ivoire : Cas Des Communes D’alepe, Bouake Et De Guiglo

Article History

Received: 31.07.2021 Revision: 10.08.2021 Accepted: 20.08.2021 Published: 31.08.2021

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Jean-Arsène Paumahoulou GUIRIOBE

Authors Affiliations

Département d’Anthropologie et de Sociologie Université Alassane Ouattara de Bouaké


Abstract: In the Ivory Coast, the participation rate of the populations in the management of local communities is low. In this case, what does local governance look like, which is a management method that aims to transfer power to local populations with a view to achieving economic and political development that is led by the populations themselves? In order to respond to this concern, we interviewed, using semi-structured individual interviews, resource persons in the communes of Alépé, Bouaké and Guiglo. These interviews revealed that local governance is weak in these municipalities because the municipal authorities keep populations away from the management process of their municipality and local development projects. Thus we are witnessing a weakening of local governance and a centralization of local power in a country where decentralization has been implemented for several decades.


Keywords: Local governance, decentralization, local authorities, municipal authorities, populations.

INTRODUCTION

Fondée sur le principe du transfert de certaines compétences de l’Etat à des entités territoriales dotées de la personnalité morale, de l’autonomie financière et de l’autonomie de gestion, la décentralisation vise à améliorer l’action administrative, à accroître les services fournis aux citoyens, en d'autres termes, à impulser le développement de la collectivité décentralisée sur la base des besoins et solutions identifiés localement (C. Majerowicz, 2006, p. 8). Participant à la refondation de l'Etat, la décentralisation implique la conduite des affaires des collectivités territoriales par des organes élus, processus censé assurer une meilleure transparence dans la gestion des affaires publiques, garantissant une participation citoyenne effective et par extension, favorisant une nouvelle citoyenneté et une meilleure gouvernance locale (C. Majerowicz, 2006, p. 8). A ce titre, la gouvernance locale est fréquemment associée aux processus de décentralisation développés, ou du moins relancés dans certains pays depuis la fin des années 80 (C. Majerowicz, 2006, p. 8). La gouvernance locale peut en effet se définir comme un système de gestion des affaires où au niveau d'un territoire, plus petit espace vers lequel se tourne les administrés pour régler leurs problèmes immédiats, un "gouvernement local" gère les affaires de la cité avec la possibilité pour chaque citoyen de participer à la prise de décision(C. Majerowicz, 2006, p. 8). Autrement dit, elle vise à transférer le pouvoir aux populations locales en vue de réaliser un développement économique et politique qui soit mené par les populations elles-mêmes et qui met l’accent sur la réduction de la pauvreté (M-J. Demante et I. Tyminsky, 2008, p. 8).


La participation des populations est donc incontournable dans la pratique de la gouvernance locale. C’est une participation qui assure une appropriation des projets sur le long terme, favorise la cohésion sociale et contribue à une gestion développée au plus près des attentes des populations (Association Internationale des Maires francophones 2011, p. 13). Elle inclut divers processus de consultation dont les mécanismes doivent être formalisés pour qu’ils soient efficaces : la possibilité pour les citoyens de présenter des pétitions, l’organisation de référendum d’initiative citoyenne, la pratique du budget participatif, l’expression des avis des citoyens à travers les enquêtes de satisfaction sur les différents sujets qui les intéressent, etc. (CGLU Afrique et Cities Alliance, 2013, p. 15). Ces diverses formes de participation citoyenne à la gestion des collectivités locales doivent, en effet, être prescrites et organisées par les lois et règlements et faire l’objet de suivi dans la mise en œuvre, au niveau central comme au niveau local, pour être réellement intégrées dans les pratiques des collectivités locales, car les conditions de réalisation d’une bonne gouvernance locale, dans le cadre de la décentralisa­tion, dépendent du degré d’appropriation du processus par les populations et, surtout la bonne gestion des instances décentralisées ne saurait prospérer sans cette participation (M. Sissoko, 2007, p. 02). Cependant, cette participation demeure faible en Côte d’Ivoire et particulièrement dans les communes d’Alépé, Bouaké et de Guiglo, malgré tous ses avantages (J-A. P. Guiriobé, 2016, p.


406). En effet, en 2008, le taux de participation des populations aux actions de développement en Côte d’Ivoire était chiffré à 25% et il devrait atteindre 75% en 2015 (DSRP, 2009, p. 26). Mais, en 2015, ce taux de participation est restée inchangée, c’est-à-dire qu’il était toujours faible dans les communes d’Alépé, Bouaké et de Guiglo où le processus participatif n’implique pas les populations à la gestion de leur commune car celles-ci ne sont ni informées ni consultées par ceux qui sont chargés de les représenter auprès des autorités locales. Ces derniers, c’est-à-dire les chefs de communautés de base et les responsables de la société civile locale, n’arrivent pas très souvent à exprimer leurs points de vue lorsqu’ils sont conviés aux séances de travail des conseils municipaux ou ne sont pas écoutés quand ils réussissent à prendre la parole. Le processus de participation citoyenne ainsi élaboré, écarte, en dernier ressort, les populations (J-A. P. Guiriobé, 2015, p. 64). Comment se présente, dans ce cas, la gouvernance locale dans ces communes ? Autrement dit, quel est l’état des lieux du processus de gouvernance locale et son impact dans ces communes ?


L’objectif de cette étude est de faire l’état des lieux de la pratique de gouvernance locale dans les communes et d’évaluer l’ampleur des bouleversements qui découle de cette pratique.


I. METHODOLOGIE

1.1. Cadre de l’étude

Cette étude s’est déroulée dans trois différentes communes que sont la commune d’Alépé, la commune de Bouaké et celle de Guiglo. Le choix de ces trois villes pour cette étude n’est pas fortuit. Ces trois villes de par leur positionnement géographique permet d’avoir une vue sur la gouvernance dans presque toutes les communes de la Côte d’Ivoire. En effet, La commune d’Alépé se trouve dans le sud du pays à une trentaine de kilomètres d’Abidjan et celle de Bouaké au centre de ce pays. Quant à la commune de Guiglo, elle se situe à l’ouest du pays. De plus, ces trois communes ont une caractéristique particulièrement. Il s’agit des petites communes qui ont moins de 50000 habitants, des moyennes communes dont la population est comprise entre 50 000 et 100 000 habitants et des grandes communes qui ont plus de 100 000 habitants. Alépé représente les petites communes, Guiglo représente les moyennes et Bouaké, la plus importante commune de l’intérieur du pays fait partie des grandes.


1.2. Population cible et technique d’échantillonnage

En se référant au cadre de recherche présenté ci-dessus, la population cible de cette étude est composée d’agents et élus locaux, d’agents de l’Etat central détachés auprès de ces collectivités territoriales, de chefs coutumiers des différentes communautés de base, représentants locaux des partis politiques siégeant dans les conseils municipaux et de responsables des organisations de la société civile locale. De cet ensemble, il a été soustrait, à l’aide de la technique d’échantillonnage à choix raisonné, un échantillon constitué de 45 individus en raison de 15 enquêtés par commune. Il s’agit précisément, par commune, de 04 agents et élus locaux, 02 agents de l’Etat central détachés auprès des communes, 02 représentants locaux des partis politiques représentés dans les conseils municipaux, 04 représentants des populations et 03 responsables des organisations locales de la société civile.Ainsi, nous avons au total 12 agents et élus locaux, 06 agents de l’Etat central détachés auprès des communes, 06 représentants locaux des partis politiques représentés dans les conseils municipaux, 12 représentants des populations et 09 responsables des organisations locales de la société civile. Ce qui donne dans l’ensemble 45 individus, un chiffre qui a été arrêté au terme de l’étude à cause de la redondance des réponses.


1.3. Technique d’enquête et approche théorique

Durant trois semaines, nous avons, à l’aide d’entretiens semi-directifs, interrogé individuellement les enquêtés. Les entretiens ont tourné autour de thématiques bien précises. Il s’agit de l’organisation de la gouvernance locale, de ses différents acteurs et de l’impact de cette gouvernance sur le processus de décentralisation et de développement local dans ces communes. A côté de ces entretiens, il y a eu une recherche documentaire. Ainsi avons-nous pu rassembler des témoignages à la suite de ces entretiens et des données livresques utiles à la poursuite de l’objectif de cette étude.


Les données recueillies ont ensuite été analysées à la lumière de trois différentes théories que sont : la théorie de la décentralisation, la théorie du partenariat et celle des parties prenantes. En effet l’objectif ultime d’une gouvernance locale est l’organisation et la réalisation du développement local. Selon la théorie de la décentralisation, pour amorcer un développement local et participatif, il faut accorder un certain pouvoir à des collectivités locales reconnues par la constitution ou par la loi (O. C. Berepa, 2012, p. 9). Étant le niveau de gouvernance publique le plus proche des citoyens, les collectivités locales sont donc le cadre par excellence de la mise en œuvre effective de la gouvernance locale qui désigne un mode de gestion politique locale. Elle s’appuie, dans son application, sur la mobilisation des ressources humaines, sur la capacité à réguler un territoire infra-étatique dans le cadre précis d’un système partenarial avec des acteurs locaux multiples (A.Torre, 2011, p. 1). La gouvernance territoriale, pour être donc efficace, nécessite une étroite collaboration entre les différentes parties prenantes considérées comme des individus ou groupes d’individus qui peuvent affecter ou être affectés par la réalisation des objectifs organisationnels. Dans cette vision, les parties prenantes désignent ici les autorités municipales, les populations, les organisations de la société civile locale, les représentations locales des organisations politiques etc. (Freeman cité par S. Mercier, 2001, p. 4). Toutes ces parties prenantes doivent, afin d’obtenir une gouvernance territoriale réussie, travailler en parfaite collaboration. Cette collaboration se fait dans un mouvement de partenariat qui est considéré ici comme l’apport de contributions mutuelles de ces différentes prenantes (financement, personnel, idées…) permettant de réaliser un projet commun (D. Lahary, 2007, p. 8).


Ces différentes théories nous permettent donc d’élucider, à travers le cas précis des communes (Alépé, Bouaké et Guiglo), la question de la pratique de la gouvernance locale en Côte d’Ivoire selon trois principaux points que sont : la situation de la gouvernance locale dans les communes, les acteurs de la gouvernance locale et vers une centralisation du pouvoir local dans un processus de décentralisation.

II. RESULTATS DE LA RECHERCHE

2.1. La situation de la gouvernance locale dans les communes d’Alépé, Bouaké et de Guiglo

La gouvernance locale est, comme cela a été dit ci-dessus, un mode de gestion politique qui vise à transférer le pouvoir aux populations locales en vue de réaliser un développement économique et politique qui soit mené par les populations elles-mêmes et qui met l’accent sur la réduction de la pauvreté (M-J. Demante et I. Tyminsky, 2008, p. 8). Ce mode de gouvernance nécessite donc une participation accrue et active des populations locales. La participation des populations désigne, dans ce cadre précis, l’ensemble des mécanismes d’implication volontariste et de mise à contribution des populations, à travers des cadres contractuels, dans les opérations de développement les concernant. Elle exprime en effet la mesure selon laquelle les autorités locales prennent en compte les avis et les préoccupations de la société civile en dehors des périodes électorales (CGLU Afrique et Cities Alliance, 2013, p. 14). C’est un processus d’engagement obligatoire ou volontaire de personnes ordinaires, agissant seules ou au sein d’une organisation, en vue d’influer sur une décision portant sur des choix significatifs qui toucheront leur communauté. Selon M. Sissoko (2007, p. 2), les conditions de réalisation d’une bonne gouvernance locale, dans le cadre de la décentralisa­tion, dépendent du degré d’appropriation du processus par les populations et, surtout la bonne gestion des instances décentralisées ne saurait prospérer sans cette participation. Cette participation doit être prescrite et organisée par les lois et règlements et faire l’objet de suivi dans la mise en œuvre, au niveau central comme au niveau local, pour être réellement intégrées dans les pratiques des collectivités locales. Or, en Côte d’Ivoire, il n’existe pas de lois et de règlements organisant, dans un contexte légal, la participation des populations ainsi définie. Mais, selon le secrétaire général de la mairie d’Alépé, « c’est seulement dans le cadre des différentes sessions ordinaires du conseil municipal que les différents acteurs de la politique et de la vie locales sont associés à la gestion de la commune car les sessions ordinaires du conseil municipal sont publiques ». Même son de cloche au niveau des autres communes où les enquêtés affirment ceci : « la participation de la population se déroule dans le cadre des sessions ordinaires du conseil municipal où sont conviés toutes les parties prenantes de la vie communale » (Secrétaire général de la mairie de Guiglo) ; « la participation des populations, telle qu’elle a été définie, se pratique ici dans le cadre des sessions ordinaires du conseil municipal auxquelles toutes les couches socioprofessionnelles sont invitées à prendre part » (Secrétaire général de la mairie de Bouaké). Ce dernier continue en ajoutant les propos suivants : « C’est généralement au cours des sessions de fin d’année que l’occasion est donnée à tous les acteurs locaux de se prononcer sur les différents projets initiés par la commune et d’exposer leurs différents besoins ». Ces propos ont été confirmés par l’ensemble des autres enquêtés interrogés dans le cadre de cette étude.


Il faut en effet noter que, pour leur fonctionnement, les conseils municipaux doivent se réunir en session ordinaire au moins quatre fois dans l’année, c’est-à-dire chaque de trimestre. Ses sessions ordinaires sont publiques mais, d’après le 1er adjoint au maire de la municipalité de Guiglo, « ceux qui y participent généralement sont invités par le bureau de la municipalité ».Selon un responsable d’une ONG locale, « ces derniers sont généralement des chefs des communautés de base, des représentants locaux des formations politiques, des responsables d’ONG locales, des opérateurs économiques locaux, etc. ». Dans ce même ordre d’idées, un responsable d’une structure de jeunesse communale va plus loin en affirmant ceci : «Très souvent, ce sont les chefs notables, et d’autres responsables de structures villageoises acquis à la cause des maires qui sont invités par ces derniers afin d’assister aux différentes réunions à la mairie ». En agissant ainsi, les élus locaux cherchent, d’après ce dernier, « à éliminer toutes les contestations des décisions prises à la suite des délibérations des conseils municipaux dont les majorités sont déjà acquises à leur cause ». Avant la tenue d’une session ordinaire, le maire, qui doit la présider, invite en effet les différents responsables des couches socioprofessionnelles locales à travers les médias afin qu’ils s’expriment sur la vie communale. C’est ce que souligne le 1er adjoint au maire de la commune de Bouaké en disant ceci : « Durant les assemblées ordinaires des conseils municipaux, la parole est en effet donnée à tous les participants afin d’exprimer leurs avis et préoccupations ». Mais, les responsables des populations, les responsables de la société civile locale, les représentants locaux des partis politiques et même les opérateurs économiques interrogés sur ce fait, affirment le contraire en ces termes, « Lorsqu’on nous invite à une réunion à la mairie, on ne nous permet pas de prendre la parole afin de dire réellement ce que nous voulons pour notre village ou même ce que nous pensons du travail fait par le maire » Un chef notable dans la commune d’Alépé) ; « L’on nous associe à ces sessions en qualité de spectateurs puisqu’on ne nous donne pas vraiment la parole » ( Responsable de la société civile locale à Guiglo) ; « Les autorités locales utilisent tous les moyens pour écarter les populations que nous sommes, car nos représentants qui assistent souvent aux réunions du conseil municipal n’ont pas droit à la parole ou ne sont pas écoutés lorsqu’ils arrivent à s’exprimer » (Président de jeunesse communale). C’est la raison pour laquelle un opérateur économique interrogé dans la commune d’Alépé soutient ceci : « Nous ne participons pas véritablement à la gestion des collectivités locales car on ne nous associe pas vraiment à cette gestion comme il le faut, même pour les activités de développement nous concernant et cela est regrettable ». Ces propos soulèvent une contradiction entre les élus locaux qui affirment qu’ils associent les populations à la gestion de leur commune et les populations qui avancent le contraire. Cette contradiction vient, selon un observateur de la scène politique interrogé, du fait que les élus locaux veulent faire croire à l’opinion publique nationale et internationale qu’ils associent pleinement les populations à la gestion de leur commune comme l’exigent les principes de base de la décentralisation et de la gouvernance locale. Pourtant, dans la réalité, ces derniers mettent tout en œuvre dans le but d’écarter les populations de cette gestion afin d’éviter les contrepoids et toute contestation des décisions.


En un mot, nous dirons que ce sont les différentes sessions ordinaires des conseils municipaux qui constituent le cadre organisationnel de la participation de tous les acteurs locaux et donc de la gouvernance locale. Mais, le processus décrit constitue une démarche qui n’implique pas véritablement les individus ou groupes d’individus qui peuvent affecter ou être affectés par les décisions prises car très souvent, ces derniers n’arrivent pas à exprimer leurs points de vue lorsqu’ils sont invités aux séances de travail du conseil municipal ou ne sont pas écoutés quand ils réussissent à prendre la parole. Tous les mécanismes d’intervention collective ou de participation citoyenne mis en place par les élus locaux, dans ce processus, écartent, en dernier ressort, les populations. C’est donc un processus non constructif dont les réels acteurs sont en nombre très réduit.


2.2. Les acteurs de la gouvernance locale

La gouvernance locale vise, comme cela a été mentionné ci-dessus, à transférer le pouvoir aux populations locales en vue de réaliser un développement économique et politique qui soit mené par les populations elles-mêmes et qui met l’accent sur la réduction de la pauvreté. Ce concept implique le ‘‘ transfert vertical’’ de responsabilités et de ressources du gouvernement central aux collectivités territoriales, ainsi que le développement de ‘‘réseaux horizontaux’’ entre ces collectivités et des acteurs non étatique (M-J. Demante et I. Tyminsky, 2008, p. 8). Avec cette définition, elle constitue un mode de gestion politique qui met en scène, au niveau local, deux essentielles catégories d’acteurs que les autorités locales et les acteurs non étatiques (populations, société civile et partis politiques). C’est ce que soulignent les enquêtés en disant ceci : « Ce sont le maire et le bureau de la municipalité qui sont chargés d’organiser les sessions ordinaires des conseils municipaux auxquelles participent activement toutes les couches socioprofessionnelles de la commune » (1er adjoint au maire de la commune de Bouaké) ; « Le maire implique tout le monde, y compris ses adversaires politiques, à la gouvernance de la commune comme le stipule les textes réglementant la politique de décentralisation dans ce pays » (1er adjoint au maire de la commune de Guiglo) ;« La gestion de la commune est l’affaire de tous, c’est-à-dire les autorités municipales, la population, la société civile, les opérateurs économiques, etc. »(Conseiller municipal).


Ces propos ont été contredits par les représentants des différentes couches socioprofessionnelles qui ne se reconnaissent guère comme acteurs d’un tel processus. Pour ces derniers, « Ce sont les élus locaux, c’est-à-dire le maire et ses adjoints qui en sont les seuls acteurs car ce sont eux qui prennent toutes les décisions importantes concernant la vie et les affaires de la commune » (Un chef de village dans la commune de Guiglo) ; « C’est le maire qui est au centre de tout ce qui se passe dans la gestion des affaires de la commune. Il est en effet au début et à la fin de tout projet communal, à ce titre, il constitue la pièce maîtresse de l’édifice communal » ( Un président de jeunesse à Alépé) ; « Les seuls acteurs de la gouvernance locale en Côte d’Ivoire sont les maires et leurs adjoints, mais pour se dédouaner face aux critiques, ils disent qu’ils associent les populations alors que c’est faux » (Responsable d’une association féminine à Bouaké) ; « En tant qu’agent de l’Etat à la retraite, je connais bien ce milieu où les maires et leurs adjoints se substituent très souvent aux citoyens en réfléchissant, identifiant et en concevant les projets à la place des populations bénéficiaires »(Chef de village dans la commune de Bouaké).


Les agents de l’Etat détachés auprès de ces collectivités territoriales partagent le point de vue de la population. Pour eux, ce sont les maires et leurs adjoints qui décident de tout, comme le précisent ces termes, « C’est le maire et ses adjoints qui sont en fait les pièces maîtresses de tout ce qui se fait dans la vie et dans les affaires de la commune et c’est la même situation qui prévaut un peu partout dans les autres communes du pays » (Secrétaire général de la mairie de Guiglo) ; « C’est le maire qui a tout le pouvoir et il ne le partage avec personne, pas même la population. A ce titre, toute décision engageant la vie de la commune émane de lui et lui seul. En réalité, ses adjoints prennent simplement acte des situations et le conseil municipal ne fait qu’approuver avec des applaudissements »(Directeur des ressources humaines à la mairie de Bouaké) ;« Tout se décide au niveau du maire et de ses adjoints qui n’ont pas l’habitude de consulter et même d’écouter les autres parties prenantes de la gouvernance locale avant et après une prise de décision » (Directeur de la promotion sociale et humaine à la mairie d’Alépé). Ces derniers reconnaissent que ce processus ainsi décrit ne respecte guère les principes élémentaires de la gouvernance locale et de la décentralisation. Mais, lorsqu’ils en parlent ouvertement, ils sont soit mutés soit mis à la disposition de leur ministère car les autorités locales ont toujours eu, quelques soient les arguments avancés, le dernier mot en la matière.


Partant de ces faits, l’on retiendra ici que ce sont les élus locaux et plus particulièrement le maire et ses adjoints qui constituent les seuls et véritables acteurs du processus de la gouvernance locale dans les zones visitées au cours de cette étude. Les autres parties prenantes, c’est-à-dire les différentes couches socioprofessionnelles de ces communes, y compris bien sûr les populations, ne sont pas associées aux décisions concernant la vie de leur commune respective. Comment peut-on, dans ce cas, qualifier cette gouvernance territoriale ?


2.3. Vers une centralisation du pouvoir local dans un processus de décentralisation

La gouvernance locale un mode de gestion politique locale qui s’appuie, dans son application, sur la mobilisation des ressources humaines, sur la capacité à réguler un territoire infra-étatique dans le cadre précis d’un système partenarial avec des acteurs locaux multiples (A. Torre, 2011, p. 1). Pour les élus locaux interrogés dans les communes visitées, « Elle consiste en un ensemble de mécanismes qui permettent aux différentes couches socioprofessionnelles, surtout les populations, d’exprimer leurs intérêts, de régler leurs différends et d’exercer leurs droits et obligations à l’échelon local ». C’est sur la base de cette définition qu’un adjoint au maire de la commune de Bouaké affirme ceci : « la participation effective des différentes couches socioprofessionnelles, surtout celle de la population constitue un élément clé de l’existence et de la réussite d’une gouvernance territoriale ». Cette participation implique que tous les groupes de populations doivent, d’après un chef coutumier interrogé dans la commune de Guiglo, « d’être associés aux processus politiques et sociaux qui les concernent ». Pour ce dernier, « cela signifie qu’il existe des espaces ouverts de confrontation d’opinions et d’intérêts pour différents groupes, et que ces points de vue sont pris au sérieux pour les processus décisionnels ». Mais, selon plusieurs enquêtés interrogés dans les trois communes, cette gestion collective des entités décentralisées et de la vie collective locale demeure faible comme le témoignent les propos suivants : « La gouvernance territoriale ou locale est, vu ce qui se passe au cours des sessions ordinaires des conseils municipaux, très faible en Côte d’Ivoire » (Président de jeunes à Alépé) ; « La gestion collective locale est faible car les différentes couches socioprofessionnelles qui ont des intérêts dans les communes ne sont pas véritablement impliquées dans la gestion de celles-ci et cela est déplorable pour le processus de décentralisation dans ce pays » (Responsable d’une association féminine à Bouaké) ; « La gouvernance locale est très médiocre car le processus d’implication de la population à la gestion de la commune a été faussée par la façon dont se déroulent les débats lors des sessions ordinaires du conseil municipal » (Secrétaire général de la mairie de Guiglo).


D’autres enquêtés vont plus loin dans ce même ordre d’idées en déclarant l’inexistence de la gouvernance locale dans leur commune en ces termes : « La gouvernance locale telle que définie n’existe nulle part ici car c’est le maire et ses proches collaborateurs qui se sont attribués tous les rôles » (Chef de village dans la commune de Bouaké) ; « L’on ne peut pas parler vraiment de la pratique d’une quelconque gouvernance locale car sa définition ne cadre pas exactement avec ce qui se passe ici » (Responsable d’une organisation de la société civile locale à Alépé). Pour un autre responsable de la société dans la commune de Bouaké, « La gouvernance locale suppose qu’il existe des espaces de confrontation d’opinions et d’intérêts pour différents groupes, et que les points de vue soient pris en compte pour les processus décisionnels ». Or, ajoute-t-il, « ces espaces et les confrontations d’idées n’existent dans aucune commune ivoirienne, ce qui veut dire que la gouvernance locale n’existe nulle part ici ». C’est justement ce constat, c’est-à-dire la faible gouvernance locale voire son inexistence supposée qui a poussé d’autres enquêtés à parler de la centralisation du pouvoir local en lieu et place de la gouvernance locale pratiquée dans un processus de décentralisation. C’est ce que soulignent si bien les enquêtés suivants : « Après plusieurs décennies de décentralisation en Côte d’Ivoire, le pouvoir local reste toujours centralisé entre les mains des maires qui refusent, par des pratiques, de le partager avec les populations » (Président de jeunesse à Alépé) ; « Le pouvoir local est toujours centralisé car les maires refusent de décentraliser le pouvoir au niveau local afin de le partager avec les populations comme le suggère tout processus de décentralisation » (Responsable d’une association féminine à Bouaké) ; « La gouvernance territoriale telle qu’on la définie n’existe pas ici car le pouvoir reste toujours centralisé entre les mains des maires qui font la pluie et le beau temps au niveau local » (Chef de village dans la commune de Guiglo).


Les agents de l’Etat central détachés auprès des municipalités visitées au cours de cette étude ne disent rien d’autre lorsqu’ils affirment ceci : « Le pouvoir local n’est pas encore partagé avec les différents groupes de citoyens comme le demande la décentralisation car il reste toujours centralisé entre les mains du maire qui écartent les autres acteurs de la gestion» (Secrétaire général de la mairie de Guiglo) ; «Les autorités locales font croire qu’elles impliquent les populations à la gestion de la commune alors qu’en réalité elles les écartent de cette gestion. Ce qui fait que le pouvoir local reste toujours centralisé entre leurs mains » (Directeur des ressources humaines à la mairie de Bouaké) ; « Le pouvoir local est tellement centralisé entre les mains des autorités municipales à telle enseigne qu’elles évitent même d’associer les agents de l’Etat détachés ici aux différentes prises de décisions » (Directeur de la promotion sociale et humaine à la mairie d’Alépé).


Au regard de ce qui précède, l’on retiendra que la pratique de la gouvernance locale, affaiblie considérablement par la non implication des citoyens à la gestion de leur commune comme il se doit dans un processus de décentralisation, s’est muée en une centralisation du pouvoir local car les autorités municipales refusent de le décentraliser et de le partager avec les différentes couches socioprofessionnelles locales. Ce qui fait dire que dans ce processus de gouvernance local, les maires ont tout simplement confisqué le pouvoir local. Mais, quelle interprétation peut-on faire de ces résultats ?


3. ANALYSE ET DISCUSSION

Dans les communes d’Alépé, Bouaké et de Guiglo, la gouvernance locale s’organise et se pratique dans le cadre des sessions ordinaires des conseils municipaux qui sont d’ailleurs publiques. Mais, son processus constitue une démarche qui n’implique pas réellement les individus ou groupes d’individus qui peuvent affecter ou être affectés par les décisions prises car très souvent, ces derniers n’arrivent pas à exprimer leurs points de vue lorsqu’ils y sont invités ou ne sont pas écoutés quand ils réussissent à prendre la parole. Ce sont en effet les maires et leurs adjoints qui en constituent les seuls et véritables acteurs car les différentes couches socioprofessionnelles de ces communes, surtout les populations, ne sont pas associées aux prises décisions. Ainsi, la gouvernance locale, affaiblie considérablement par la non implication des citoyens à la gestion de leur commune s’est transformée en une centralisation du pouvoir local car les autorités municipales refusent de le décentraliser et de le partager avec les différents groupes de citoyens.


3.1. Analyse 

La gouvernance locale désigne, comme cela a été noté ci-dessus, un mode de gestion politique locale. Elle s’appuie, dans son application, sur la mobilisation des ressources humaines, sur la capacité à réguler un territoire infra-étatique dans le cadre précis d’un système partenarial avec des acteurs locaux multiples (A. Torre, 2011, p. 1).Elle consiste en un ensemble de mécanismes qui permettent aux différentes couches socioprofessionnelles, surtout les populations, d’exprimer leurs intérêts, de régler leurs différends et d’exercer leurs droits et obligations à l’échelon local (CGLU Afrique et Cities Alliance, 2013, p. 14) Elle désigne également l’ensemble des mécanismes d’implication volontariste et de mise à contribution des différents groupes de citoyens, à travers des cadres contractuels, dans les opérations de développement les concernant. Celle-ci peut avoir lieu ou non dans un cadre institutionnalisé et être organisée sous l’initiative des membres de la société civile (recours collectif, comités de citoyens) ou des décideurs (référendum, commission parlementaire) (CGLU Afrique et Cities Alliance, 2013, p. 14). .La gouvernance locale a été aussi considérée comme le fait de donner la priorité aux populations dans les projets de développement, c’est exactement leur donner les moyens d’être des acteurs sociaux plutôt que des sujets passifs afin qu’elles puissent maîtriser les activités qui affectent leur existence (P-D. Decoster, 2012, p. 12). Une gouvernance locale réussie est fondée sur plusieurs piliers : la participation citoyenne, des partenariats entre des acteurs-clés à l’échelle locale, la compétence transdisciplinaire des acteurs locaux, des sources d’information multiples, des institutions de redevabilité et une orientation en priorité en faveur des pauvres (PNUD cité par H. B. Olsen, 2007, p. 16).Nombreux sont en effet les acteurs qui sont impliqués dans cette gouvernance sans nécessairement poursuivre le même objectif. Dans l’intérêt de toutes les parties prenantes, il importe de leur donner à tous un sens de la responsabilité. Il est en effet plus facile de suivre les activités des acteurs locaux lorsque des mécanismes ont été mis en place pour rendre les responsables redevables de leurs actes et permettre à toutes les parties prenantes d’obtenir des informations claires de leur part (H. B. Olsen, 2007, p. 17). L’obtention de ces informations peut favoriser l’accroissement de la participation des citoyens car se sentant utiles et considérés. Cette croissance de la participation des différents groupes de citoyens est l’une des caractéristiques majeures de l’existence d’une bonne gouvernance locale qui est, pour le moment, très faible voire inexistante dans les communes d’Alépé, Bouaké et de Guiglo où les citoyens sont écartés de la gestion de leur municipalité car le pouvoir local est encore centralisé entre les mains des autorités municipales. La commune de Bouaké qui a, en 2015, accueilli en 2015 un projet qui avait pour objectif de contribuer à l’amélioration de la bonne gouvernance locale à travers la promotion du budget participatif et l’émergence d’une culture de participation citoyenne n’a pas été épargnée. En effet, au cours de ce projet financé par l’Union Européenne, les populations ont été associées à toutes les étapes. Et, ce sont les projets qu’elles ont proposés qui ont été retenus. Mais, aucun de ces projets n’a connu un début de réalisation, ils ont été tous mis aux oubliettes par les autorités municipales qui n’ont jamais voulu impliquer les populations dans la gestion de leur commune afin de pouvoir opérer les détournements des fonds publics à l’échelle locale (J-A. P. Guiriobé, 2018, p. 15). Ce qui fait dire que dans toutes ces communes, les autorités municipales refusent de décentraliser le pouvoir au niveau local afin de le partager avec les populations car celles-ci peuvent les contrôler si elles les associent pleinement à la gestion de la commune. Mais, pour se dédouaner face aux critiques, elles s’entourent de représentants de populations et de conseillers municipaux pour donner l’impression qu’elles associent d’avantage des groupes tiers, sinon l’ensemble de la population à la gestion des collectivités locales. Pourtant, dans la pratique elles ne donnent pas véritablement la parole afin d’éviter les contrepoids et les contestations. Une telle participation citoyenne ressemble plutôt à du bricolage (J-C. Thoenig, 1996, p. 25). Les populations et autres organisations de la société civile locale font en effet l’objet de très peu d’appui et de formation à même de leur permettre de comprendre et donc de participer valablement au processus de gouvernance territoriale, de décentralisation et de développement local.


Le développement local est en effet un processus de transformation orienté sur la manière dont sont prises les décisions économiques et politiques à l’échelle locale, l’objectif final étant d’améliorer les conditions de vie de la société locale de manière participative. Cette stratégie est mise en œuvre au moyen de la gouvernance territoriale qui engendre des processus de négociations qui ont lieu entre les acteurs locaux de la société civile, du secteur public et du secteur privé dans le but de répondre aux divers défis auxquels la commune fait face. Le principal objectif de la gouvernance territoriale est donc le développement local qui donne la possibilité à la collectivité locale, au secteur privé, aux institutions à but non lucratif et à la communauté locale de travailler conjointement à l’amélioration de l’économie locale (B. H. Olsen, 2007, p. 16). Ainsi, l’on constate que le développement local dépend de la gouvernance territoriale qui engendre la participation d’un grand nombre de parties prenantes à tous les échelons. De ce fait, le succès du processus de développement local est étroitement lié à la coopération horizontale entre les autorités locales et d’autres acteurs locaux, c’est-à-dire à la gouvernance territoriale. L’attitude des autorités locales consistant à encourager le processus de gouvernance territoriale qui n’est rien d’autre que la participation des diverses parties prenantes joue donc un rôle crucial (B. H. Olsen, 2007, p. 17). Or, dans les communes d’Alépé, Bouaké et de Guiglo, les choses se passent autrement car l’attitude des autorités locales, ancrées dans les pratiques centralisatrices du pouvoir, décourage la participation des diverses parties prenantes, ce qui rend la gouvernance territoriale très faible voire même inexistante.


3.2. Discussion

La gouvernance locale a fait l’objet de plusieurs écrits parmi lesquels se trouvent ceux de Torre et de Hijri. Le premier cité, c’est-à-dire A. Torre (2011, p. 5) analyse les processus de la gouvernance territoriale à travers l’apport des proximités. Pour lui, la gouvernance locale ne se limite donc pas à une vision idyllique des relations économiques et sociales, aux formes de coopération et de constructions communes. Il s’agit également d’une interaction entre des forces poussant à la coopération et d’autres forces, qui poussent au conflit. Loin d’être un long fleuve tranquille les processus de développement territorial et leur déroulement dans le temps sont faits de phases de négociations, de collaboration ou d’apaisement, mais également de périodes beaucoup plus animées, ou conflictuelles, au cours desquelles certains groupes ou catégories d’acteurs s’opposent, parfois avec violence, pour définir les marches à suivre et les options à retenir. Le processus de gouvernance des territoires présente ainsi deux faces complémentaires, dont l’importance réciproque varie selon les périodes et les situations. Il se nourrit de ces tendances opposées, dont la synthèse conduit à la définition de sentiers de développement territorial. A travers cette analyse, l’auteur cherche à délimiter le champ d’application de la gouvernance territoriale et à identifier ses différentes caractéristiques alors que cette étude a plutôt évalué, à partir de cas concrets, son application ou sa pratique. Quant au second auteur, à savoir E. L. Hijri (2009, p. 6), elle s’est consacrée à l’étude de l’implication des acteurs dans le processus de la gouvernance locale. Elle met en œuvre une recherche empirique qui permet, au travers de la démarche de triangulation, d’explorer le rôle des acteurs dans la gestion de leur territoire. A travers une analyse théorique des principaux concepts liés à la gouvernance locale, ses écrits ont permis de mettre en évidence un cadre conceptuel adapté à l’étude des outils dont disposent les acteurs pour favoriser une gouvernance locale. En effet, son étude propose une approche intégrant les différentes théories pour déterminer l’ensemble des facteurs qui permettent aux acteurs de s’inscrire dans un contexte de gouvernance locale. La thèse présente son projet en termes de problématique et de méthodologie, au travers une enquête réalisée sur les 20 communes de la Meurthe-et-Moselle et par une analyse du contenu de différents rapports et notes internes relatives à une société se situant dans un département du Nord Est de la France. La recherche suggère aux acteurs locaux qu’un modèle de gouvernance locale ne peut être considéré comme universel. En revanche, elle peut être investie au travers de certaines caractéristiques liées à la rationalité, la coopération et au processus de prise de décisions. A la différence de cet auteur, nous avons, à travers trois cas précis, l’état des lieux de la gouvernance locale dans les communes d’Alépé, Bouaké et de Guiglo en Côte d’Ivoire où la participation des populations à la gestion des collectivités territoriales est faible. Mais, malgré les différences relevées, cette étude de cas se trouve dans le prolongement des deux autres.


D’autres écrits ont, contrairement aux précédents, analysé la participation citoyenne à l’action publique (DSRP ; CADES Guinée Conakry ; Guiriobé,). En effet, en 2008, dans le cadre du DRSP en Côte d’Ivoire, le taux de participation des populations aux actions publiques a été évalué à 25% et il devrait atteindre 75% en 2015 (DSRP, 2009, p. 26). Mais, en 2015, une étude menée dans les communes d’Alépé, Bonoua et de Bouaké a révélé que ce taux a connu une régression considérable à telle enseigne que l’on doute même de l’existence de la participation citoyenne aux actions publiques dans ce pays (J-A. P. Guiriobé, 2015, p. 64). En Guinée, lors d’une étude sur le renforcement de la gouvernance locale dans les zones minières du littoral, il a été constaté une absence totale de contrôle citoyen sur les actions publiques locales, ce qui découle d’une inexistence de la participation citoyenne au niveau de ces actions (CADES/Guinée, 2012, p. 2). Il faut noter que la participation citoyenne est un élément très important de la gouvernance locale qui constitue un ensemble plus vaste de collaboration horizontale entre plusieurs acteurs locaux parmi lesquels se trouvent les populations dont la participation effective est très déterminante dans ce processus.


En effet, la participation citoyenne est vue comme un processus obligatoire ou volontaire de personnes ordinaires, agissant seules ou au sein d’une organisation, en vue d’influer sur une décision portant sur des choix significatifs qui toucherons leur communauté (Y. A. K. Ghidouche et al., 2016, p. 13). Elle a été également considérée comme le fait de donner la priorité aux populations dans les projets de développement, c’est exactement leur donner les moyens d’être des acteurs sociaux plutôt que des sujets passifs afin qu’elles puissent maîtriser les activités qui affectent leur existence (P-D. Decoster, 2012 : 12). Cette conception permet d’écarter systématiquement les discours officiels des autorités locales relatifs à l’action citoyenne et donc de la gouvernance locale dans leur commune et qui masquent la réalité des faits. L’implication réelle des populations requiert de les associer à toutes les initiatives de développement (E. B. Koffi 2010 : 98). Ainsi, la participation citoyenne est utilisée par une multitude d’acteurs (communautaires, privés et institutionnels) pour soutenir le développement des communautés, dans des initiatives diversifiées, orientées vers des perspectives de développement social, développement local, revitalisation des quartiers ou territoires appauvris (C. Mercier 2008 : 5). Dans cette situation, le maire et son équipe doivent saisir l’opportunité pour associer les populations et les autres acteurs locaux à la politique municipale, notamment lors de l’élaboration du budget participatif, plan local de développement et de la gestion des structures locales afin que l’on ait une gouvernance territoriale réussie. Ainsi, dans le but précis d’une gouvernance locale réussie, tous les citoyens ou groupes de citoyens désireux de s’impliquer dans des initiatives d’intérêt commun ou dans des projets plus ambitieux doivent être entendus et soutenus (Association Internationale des maires francophones 2011 : 13). Cette troisième vague d’auteurs a plutôt défini la participation citoyenne et montré son importance dans le grand ensemble qu’est la gouvernance locale qui est l’objet de cette étude. Au lieu d’analyser la participation de la population qui constitue l’un des acteurs clés de la gouvernance locale, l’on a préféré, à travers trois cas, examiner ici l’implication de tous les acteurs locaux de cette gouvernance afin d’évaluer son niveau réel au-delà des discours officiels qui cherchent à voiler la réalité des faits.

CONCLUSION

Au terme de cette étude, l’on retiendra que la pratique de la gouvernance locale est faible dans les communes d’Alépé, Bouaké et de Guiglo. Cette faiblesse vient du fait que le processus de cette gouvernance constitue une démarche qui implique insuffisamment les individus ou groupes d’individus qui peuvent affecter ou être affectés par les décisions prises car très souvent, ces derniers n’arrivent pas à exprimer leurs points de vue lorsqu’ils sont invités aux séances de travail du conseil municipal ou ne sont pas écoutés quand ils réussissent à prendre la parole. Tous les mécanismes d’intervention collective ou de participation citoyenne mis en place par les élus locaux, dans ce processus, écartent, en dernier ressort, toutes les couches socioprofessionnelles locales de la gestion de leur commune et du processus de la gouvernance locale qui devient donc l’affaire des seules autorités municipales. C’est donc une gouvernance qui s’est plutôt orientée, dans un processus de décentralisation, vers la centralisation du pouvoir local entre les mains des maires et de leurs adjoints qui en sont les seuls et véritables acteurs. Ces derniers refusent en effet de décentraliser et de partager le pouvoir local avec les différentes couches sociales locales dans un pays où une politique de décentralisation est mise en œuvre depuis plusieurs décennies. Ainsi, cette étude aura permis de révéler, à travers les cas des communes d’Alépé, Bouaké et de Guiglo, deux faiblesses majeures de la politique de décentralisation en Côte d’Ivoire. Il s’agit précisément de la faible implication des populations dans la gestion de leur commune respective, ce qui a entraîné une centralisation du pouvoir local et donc une faible gouvernance locale.


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